Puisque les morts ne sont pas revenus, que reste-t-il à savoir aux vivants ? Puisque les morts ne savent pas se plaindre, de qui, de quoi se plaignent les vivants ? Puisque les morts ne peuvent plus se taire, est-ce aux vivants à garder leur silence ?
Jean Tardieu - 1942 - L'honneur des poètes, vacances



Pour l'instant, cette page concerne uniquement les déportations à Auschwitz car pour la famille restée à Varsovie, je n'ai pratiquement aucune information. Je sais que quelques survivants partis vivre en Israel (cousins du côté Szpajzman ?). En général c'était la déportation directement vers le camp de la mort de Treblinka pour lequel il ne reste que peu d'archives et peu de traces. Les dates et les motifs de décès à Auschwitz sont parfois erronées, volontairement afin de cacher les traces du massacre ou par erreur. Seuls les déportés avec matricules (ceux sélectionnés pour le travail et qui donc ne sont pas partis immédiatement aux chambres à gaz et aux fours crématoires) ont été enregistrés dans les registres. Les archives nazis conservées à Moscou par le KGB comprennent quarante six registres de décès (Sterbebücher) à Birkenau.

Mais entre le voyeurisme malsain d'un certain public, les tours opérators, les fast-food, les tags, les carmélites et cathos voulant s'approprier le site, les polacks qui restent ce qu'ils sont, je ne suis pas certain de me recueillir un jour à Auschwitz (Oswiecim en polonais). Ci-dessous les convois pour Auschwitz des membres connus de ma famille ou de proches apparentés.


                       


départ de France arrivée en Pologne Nb de
déportés
survivants
en 1945
personne connue parenté ou lien
1

27/03/1942
gare du Bourget-Drancy, puis Compiègne.
Train escorté par des gendarmes français

29/03/1942
Auschwitz
matricule 27955
1112 19 HERSZ WOLF FINKIELSZTEJN mon oncle
4

25/06/1942
gare de Pithiviers

Auschwitz
matricule 42532
999
51
SENDER SENDEROWIEZ

le père de Marcel

15

05/08/1942
gare de Beaune la Rolande

Auschwitz 1014
5
CHANA WAJEMAN

la première épouse de Roman Wajeman

35

21/09/1942
gare de Pithiviers

Auschwitz 1000
23
MADELEINE WAJEMAN

la fille de Roman Wajeman

36

23/09/1942
gare du Bourget-Drancy.

25/09/1942
Auschwitz
matricule 65564

1000
26
CHARLES FINKELSTEIN mon oncle
64

07/12/1943
gare de Paris-Bobigny

10/12/1943
Auschwitz
matricule 167512
1000
42
JACOB FINKIELSZTEJN mon grand-père

Que leur âme soit liée au faisceau des vivants.
.ת.נ.צ.ב.ה




Lors de la rafle du 20/08/1941 à Paris XIe, mon oncle Hersz Wolf Finkielsztejn a été arrêté par la police française encadrée par la Feldgendarmerie. Ces 4232 hommes juifs français et étrangers seront conduits en autobus à Drancy (Seine). Hersz y sera interné du 21/08/1941 au 26/03/1942. Il figure sur la liste des internés juifs avec le n° 373 (raturé n° 366) chambre 12 escalier 8 profession manutentionnaire. Il a été déporté à Auschwitz du 27/03/1942 au 24/05/1942 par le convoi n° 1. Ce premier convoi de France sera le seul avec wagons voyageurs 3e classe car les suivants utiliseront des wagons à bestiaux. Ce convoi de la SNCF, encore appelé train spécial 767, est placé sous les ordres du SS danecker et part de la gare du Bourget-Drancy à 17h avec 565 hommes. Suivra un arrêt en gare de Compiègne pour "charger" encore 547 hommes venus du camp de Royallieu. Ce train sera escorté jusqu'à la frontière allemande par des gendarmes français et arrivera à Auschwitz trois jours après.

Ces déportés seront tatoués avec les matricules 27533 à 28644, un seul homme ayant réussi à s'évader du convoi (avant Reims). D'après le registre Staerkebuch, Hersz aurait eu le matricule 27955 et serait décédé le 23/05/1942 (à confirmer, database Stärke). Il a été déclaré Mort pour la France. Il avait 22 ans. Sa fiancée Paule se suicidera en apprenant sa mort.
[Klarsfeld II pages 345-348]


                           




Mon oncle Charles a d'abord été interné à Drancy le 29/07/1942 (célibataire, profession mécanicien). Il est ensuite transféré au camp de Pithiviers dans le Loiret le 01/09/1942, puis au camp de Beaune-la-Rolande le 15/09/1942 (baraque 19 liste 12). De nouveau à Drancy le 21/09/1942. Il est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 du 23/09/1942, gare de départ du Bourget-Drancy. Il arrive à Auschwitz le 25/09/1942 où il est tatoué avec le matricule 65564. Il est mort le 17/11/1942 au Häftlings krankenbau (HKB block 28/7), cyniquement appelé "hôpital des prisonniers". Il avait 23 ans. J'ai une photo de lui auparavant sur une base aérienne militaire, sans doute courant 1940 à Casablanca - Carzes. Après consultation des archives militaires, voici son extrait des services.
[Klarsfeld III pages 1141-1142]


                       




Lors de la rafle du 20/08/1941, dite rafle du XIe, mon grand-père Jacob a d'abord été interné quelques semaines à Drancy jusqu'au 25/10/1941. Probablement arrêté avec Hersz, ils ont du partager deux mois de souffrance. C'était la première période Drancy. Je sais seulement que ma grand-mère pouvait encore lui apporter une musette et que mon père et ma tante essayaient de le voir derrière les barbelés, en se cachant. De cette période, j'ai aussi une quelques messages écrits sur des bouts de papiers.

Mon père Maurice a assisté à l'arrestation de son père à la maison par la police française, il était caché sous son lit et en a gardé un profond traumatisme. Je ne sais pas si c'était la première ou la seconde arrestation de Jacob. Probablement en août 1941, lors d'un passage chez ses parents à Paris, car Maurice était déjà dans un home de l'OSE dans la Creuse depuis fin juillet 1940 (le Masgelier). Eva était cachée chez des voisins. Une copine à Eva, Lyliane Frydman, aurait pourtant prévenu les parents la veille...


               

Jacob a été interné au camp de travail de Beauregard à Clefs (Maine-et-Loire) du 31/07/1942 au 22/11/1943 où il était réquisitionné en tant "qu'ouvrier israélite". Il y a travaillé pendant plus d'un an comme bûcheron sur le chantier forestier n°1607. Il aurait quitté temporairement le chantier et serait retourné à Paris du 22 octobre au 15 novembre 1942 pour maladie (voir compte rendu départ chantier 2000). De cette période, j'ai une lettre officielle de la société des mines de Lens faisant part quand à la production de bois d'une priorité absolue pour les besoins de l'économie allemande. J'ai aussi une carte de voeux, probablement pour le nouvel an 1943, celle-ci bien que brève laissait encore transparaître un peu d'espoir.

Le 22/11/1943, Jacob est arrêté avec les autres internés par les nazis. Une lettre du chef du chantier (Henry Baudier) annonce l'arrestation à Rywka. Le 24/11/1943, il est de nouveau à Drancy (reçu n° 27 carnet de fouilles n° 32 matricule n° 8796). Jacob est déporté le 07/12/1943 par le convoi n° 64, gare de départ Paris-Bobigny. Il arrive à Auschwitz le 10/12/1943 où il est tatoué avec le matricule 167512 et interné au KL-III Auschwitz-Monowitz. Du 22/12/1943 au 23/01/1944, il figure dans le registre de "l'hôpital des prisonniers" de Monowitz. La dernière inscription dans son dossier signale son transfert le 23/01/1944 pour le KL-II Auschwitz-Birkenau (chambres à gaz, fours crématoires). Il avait 48 ans.
[Klarsfeld III page 1720]